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Violations des droits du peuple palestinien : La Caisse doit désinvestir

LETTRE DE 5 DIRIGEANT·ES DE GRANDS SYNDICATS, PARUE LE 19 JUIN 2026 DANS LAPRESSE.CA

Les signataires demandent le retrait de certains actifs de la Caisse de dépôt et placement du Québec liés à des violations des droits humains en Palestine.

Caroline Senneville, présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN)
Mélanie Hubert, présidente de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) ; ainsi que trois cosignataires*

 

Nous, représentantes et représentants des syndicats de travailleuses et travailleurs du secteur public et parapublic cotisant au RREGOP, avons été consternés d’apprendre que la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) avait investi, en date du 31 décembre 2025, 26,4 milliards de dollars dans 81 entreprises que la Coalition du Québec URGENCE Palestine et le Mouvement pour une paix juste considèrent comme complices de violations des droits du peuple palestinien.

Nous tenons à rappeler que depuis le 7 octobre 2023, les forces israéliennes ont tué plus de 73 000 Palestiniennes et Palestiniens et détruit la majorité des infrastructures essentielles de la bande de Gaza. Cette offensive a été qualifiée de génocide par de nombreuses organisations internationales, dont Amnistie internationale⁠1, Médecins sans frontières⁠2 et la Commission d’enquête indépendante de l’ONU⁠3. Ces violations de droits fondamentaux ne se limitent pas à l’assaut contre Gaza ; ils s’inscrivent dans la continuité de décennies d’occupation et de colonisation de la Palestine, en violation flagrante du droit international, comme l’a constaté dans un avis en 2024 la Cour internationale de justice⁠4.

La CDPQ a pour mission de gérer l’épargne collective des travailleuses et travailleurs du Québec, notamment via le Régime des rentes du Québec et le RREGOP.

Nous sommes convaincues et convaincus que la population québécoise est en droit de s’attendre à ce que son épargne soit investie dans des entreprises qui respectent les droits humains.

Des organismes comme Amnistie internationale et Oxfam-Québec mettent aussi en évidence les investissements de la Caisse dans des entreprises qui contribuent, expliquent-elles, au génocide, à l’occupation, à la colonisation ou à l’apartheid en Palestine⁠5,6. Les récentes analyses de la Coalition du Québec URGENCE Palestine et du Mouvement pour une paix juste⁠7 montrent que 81 entreprises dans lesquelles la Caisse investit se trouvent dans cette situation, notamment :

  • CAE, qui fournit des simulateurs de vol pour l’entraînement des pilotes d’avions de chasse de l’armée israélienne ;
  • Caterpillar, qui fournit de la machinerie lourde utilisée pour la construction de colonies illégales et la destruction systématique d’infrastructures en Cisjordanie et à Gaza ;
  • Alphabet, Amazon et Microsoft, qui fournissent des systèmes de stockage infonuagique pour les données de surveillance israéliennes utilisées pour contrôler, arrêter et tuer la population palestinienne à Gaza et dans les territoires occupés ;
  • Motorola Solutions, qui fournit de l’équipement de surveillance pour les colonies et du matériel de communication à l’armée israélienne.

C’est pourquoi nous exigeons que la Caisse entreprenne sans délai les démarches nécessaires pour mettre fin à tous ses liens avec des entreprises complices de violations des droits humains en Palestine. Concrètement, cela signifie :

  1. Exiger de l’ensemble des entreprises ciblées qu’elles cessent toutes leurs activités liées à des violations des droits humains en Palestine ;
  2. Advenant un refus, retirer l’ensemble des investissements de la CDPQ de ces entreprises.

Processus de contrôle

Nous nous attendons également à ce que la Caisse se dote d’un processus transparent de contrôle pour s’assurer qu’aucun de ses investissements présents ou futurs ne soit lié à de telles violations. La mise en place d’un tel processus doit impérativement se faire en concertation avec les acteurs et actrices de la société civile et du milieu syndical.

Cette démarche devrait aller de soi, puisque la CDPQ s’est elle-même dotée d’une politique des droits de la personne, qui s’appuie sur les Principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme. Dans cette politique, elle s’engage notamment à « assurer le respect des droits de la personne dans ses activités d’investissement » et à « faciliter l’accès à des voies de remédiation lors d’une violation grave en matière de droits de la personne ».

Nous savons que la Caisse a les moyens d’agir. Elle a déjà retiré ses investissements de l’industrie du tabac et de la production d’hydrocarbures. Elle a également mis fin à ses investissements dans des entreprises russes à la suite de l’invasion de l’Ukraine. Nous avons donc de la difficulté à comprendre comment la CDPQ peut justifier son inaction face à la situation en Palestine.

L’heure est grave. Il est temps que la Caisse de dépôt se montre à la hauteur de la confiance que lui porte la société québécoise : elle doit cesser de financer l’oppression du peuple palestinien, dès maintenant.

*Cosignataires : Guillaume Bouvrette, président, Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) ; Robert Comeau, président, Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) ; Benoît Lacoursière, président, Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ)

  1. Consultez une publication d’Amnistie internationale
  2. Consultez une publication de Médecins sans frontières (en anglais)
  3. Consultez une publication de l’ONU
  4. Consultez l’avis de la Cour internationale de justice
  5. Consultez une publication d’Oxfam-Québec
  6. Consultez une publication d’Amnistie internationale
  7. Consultez une analyse des investissements de la Caisse en 2025 par la Coalition du Québec URGENCE Palestine et le Mouvement pour une paix juste